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2 septembre 2012

Etat de santé des enfants du Bélarus après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl


Voici les résultats d’une étude épidémiologique réalisée par un pédiatre biélorusse (le Dr Galina Bandajevskaya). Cette étude a été présentée en mai dernier au Forum de Radioprotection à Genève. Elle concerne l’état de santé des enfants après 25 ans de contamination radioactive (essentiellement à la suite de la consommation régulière d’aliments).

Galina Bandajevskaya (Belarus) pédiatre, cardiologue.

Mesdames et Messieurs, chers collègues, bonjour !


En regardant cette petite image vous avez sans doute déjà compris que nous allons maintenant parler de ce qui nous est le plus cher en ce moment, l’état de santé de nos enfants. L’accident de Tchernobyl a posé un tas de questions aux pays qui ont le plus souffert. Mais la question la plus importante aujourd’hui, qui est toujours présente et non résolue sur le plan scientifique, c’est celle de la santé des personnes qui vivent dans le territoire contaminé par l’accident.


Le Belarus est les pays qui a le plus souffert de l’accident de Tchernobyl. 23% du territoire du Bélarus a été contaminé par des éléments radioactifs. Il s’agit surtout de deux régions : celle de Gomel et de Moguilev. 250 000 enfants vivent aujourd’hui dans ces territoires. Nous disons que la particularité de ce régions est que 70% de la dose d’irradiation totale est représentée par la contamination interne, formée par la consommation des produits contaminés comme la viande, le gibier, le lait, les champignons, les baies et autres denrées alimentaires radioactives.


Le Belarus connaît en ce moment une situation démographique catastrophique. La population enfantine décroît d’année en année. En 2011 nous avons au total 1 737 000 enfants. C’est 35,8% moins qu’en 2000. (La population enfantine est considérée chez nous de zéro à 18 ans.) Toutefois depuis 2003, - vous le voyez sur la diapositive suivante, -


une légère tendance à l’augmentation du taux des naissances d’enfants s’est ébauchée au Belarus. Mais la mortalité demeure élevée et il n’y a pas eu d’accroissement de la population. Nous perdons beaucoup sur le plan démographique en dépit du fait qu’en 2003 il y a un peu plus de naissances d’enfants.


En tant que médecin pédiatre je fais des examens prophylactiques de la population enfantine non seulement dans les régions propres mais aussi dans les régions contaminées par les radionucléides. Sur la diapositive suivante j’ai cherché à vous représenter les données officielles du ministère de la Santé du Belarus concernant des examens prophylactiques effectués en 2009. Le premier groupe est constitué d’enfants en bonne santé : selon le ministère ils représentent 27%. Ce sont les données du ministère ; si on prend les données de la prophylaxie pratique, elles sont bien inférieures.


Nous avons observé à quel point la santé des enfants s’aggrave. Nous avons comparé l’année 2007 à l’année 2009. Regardez l’image que cela donne. Le groupe d’enfants avec les affections chroniques augmente. En 2007 les affections chroniques étaient bien moindres qu’elles ne le sont en 2009. Le nombre d’enfants en bonne santé diminue et celui des enfants avec des maladies chroniques d’étiologies diverses augmente.


Sur le diagramme suivant – ce sont aussi les données officielles de notre ministère de la Santé – j’ai montré l’évolution des affections primaires de la population enfantine du Belarus entre 2002 et 2010. Vous voyez dans ce diagramme une ligne continue qui ne tend pas vers le bas mais va en sens inverse. Le nombre d’enfants malades augmente d’années en année.


Voici une comparaison caractéristique faite en 2010. Nous avons comparé les maladies des enfants selon des groupes nosologiques particuliers entre deux régions « sales » du Belarus et deux régions « propres » du Belarus. Vous voyez la pyramide qui en résulte et à quel point les maladies du système endocrinien, les tumeurs, les maladies du système cardiovasculaire et les malformations congénitales sont plus nombreuses à Gomel et Moguilev que dans les régions propres de Grodno et de Vitebsk.


Il est admis que l’année 1993 est l’année de la reconnaissance officielle par l’Organisation Mondiale de la Santé du cancer de la glande thyroïde comme maladie induite par la radioactivité. Jusqu’aujourd’hui c’est la seule et unique maladie dont la cause radiologiques est considérée comme démontrée. Sur cette diapositive je montre tous les cancers de la glande thyroïde de l’ensemble de la population du Belarus. Ce sont les adultes et les enfants et vous voyez l’énorme augmentation entre 2002 et 2010.


Et voici le cancer de la glande thyroïde des enfants du Belarus. La région de Gomel apparaît à la première place. Pendant la période 1989 – 2006, les 738 cas de cancer de la thyroïde chez les enfants de Gomel ont constitué plus de la moitié de tous les cas républicains.


Voici les tumeurs de tous les habitants de la République du Belarus. Toute la population y est représentée : celle des campagnes et celle des villes. Ici aussi, au cours des derniers 8 années suite à la catastrophe de Tchernobyl, cette incidence des tumeurs a augmenté plus de deux fois.


Dans le monde entier on dit que la fréquence des tumeurs n’a pas augmenté seulement au Belarus. Aussi avons-nous regardé à quelle place se trouve le Belarus du point de vue de l’incidence des tumeurs parmi les pays de la Communauté des États Indépendants (CEI), c’est-à-dire des pays qui faisaient partie de l’ex URSS. Et encore une fois la plus haute incidence se trouve chez nous : au Belarus, puis en Ukraine et en Russie, ensuite le nombre des maladies diminue dans les autres pays de l’Union Soviétique.


La cause radiologique du cancer de la glande thyroïde a été reconnue comme établie par l’Organisation Mondiale de la Santé. Mais, depuis 25 ans on nie le lien des autres affections avec la catastrophe de Tchernobyl. La science ne fait aucune recherche pour montrer que ce problème existe, qu’il y a un facteur de la radioactivité qu’il faut étudier, auquel nos enfants sont confrontés depuis 1986. Ici je vous montre les facteurs de risque de l’évolution des maladies cardiovasculaires chez les enfants vivant au Belarus. Regardez ces différents facteurs : le tabagisme, la faible activité physique et d’autres, mais le facteur principal, celui de la radioactivité n’est même pas cité dans ce travail scientifique.


Je vous montre l’incidence des maladies du système circulatoire chez les enfants touchés par la catastrophe de Tchernobyl. Et nous voyons que la fréquence de ces affections chez nos enfants augmente d’année en année.


Un problème très sérieux se dessine dans d’autres groupes nosologiques de la population enfantine au Belarus. La diapositive suivante traite des malformations congénitales. Il s’agit de toutes les anomalies congénitales avec lesquelles naissent nos enfants, dont 30% sont des malformations cardiaques. Actuellement près de 800 enfants naissent chaque année au Belarus avec des malformations cardiaques de portées inégales et de différents degrés de gravité. On leur fait ce diagnostic à la naissance : anomalie congénitale. Chaque année 1000 enfants sont opérés chez nous au Belarus dans le Centre pédiatrique de chirurgie cardiaque. Ce problème est bien présent, mais le facteur radioactif n’est pas mentionné pour dire qu’il exerce une action sur la formation des anomalies cardiaques congénitales chez les petits enfants.


Les données suivantes appartiennent à l’une des polycliniques où je travaille actuellement. J’y montre l’incidence croissante des affections cardiovasculaires entre 2004 et 2011. Naturellement les malformations cardiaques congénitales occupent la première place dans cette affection cardiovasculaire et un groupe important est constitué par les maladies du système circulatoire sanguin telles que la myocardiodystrophie avec troubles du rythme cardiaque. Quand nous étions à Gomel, c’est-à-dire en 95-96, nous avons commencé à remarquer, pendant les examens prophylactiques des enfants en bonne santé dans les jardins d’enfants et dans les écoles, l’apparition des troubles du rythme sur les cardiogrammes, qui nécessitaient une correction appropriée du médecin cardiologue. C’étaient aussi bien le bloc de branche droit partiel du faisceau de His, des bradycardies sinusales, des extrasystoles et autres. Dix ans sont déjà passés depuis nos examens à Gomel et actuellement nous nous heurtons au fait que ces troubles du rythme ont acquis chez les enfants un cours plus complexe et plus grave qui nous oblige, nous les cardiologues, de leur placer même un stimulateur du rythme artificiel. Nous voyons des enfants de 8, 7 et 6 ans qui ont un pacemaker. Remarque : MCС = malformations congénitales du cœur, TRC = trouble du rythme cardiaque et de la conduction


Encore une maladie que je ne peux pas passer sous silence : les maladies des yeux chez l’enfant. Les médecins qui travaillent dans les zones contaminées par les radionucléides notent une augmentation de la fréquence des cataractes chez les enfants. Une maladie d’adultes, dont les enfants ne doivent pas souffrir. Mais vous voyez clairement l’augmentation des cataractes dans cette diapositive.


Sur la base de cet exposé, trois conclusions principales peuvent être faites. Il faut reconnaître que l’état de santé de la population enfantine continue de se détériorer dans la période post-Tchernobyl. Le plus inquiétant est l’augmentation de la morbidité primaire déterminée par les malformations congénitales, la morbidité du système circulatoire, les tumeurs et les maladies endocriniennes. La situation défavorable qui s’est créée pour la santé des enfants du Bélarus impose des actions concrètes en premier lieu du ministère de la Santé, des institutions de la santé publique régionales et des scientifiques, pour l’élaboration et l’introduction des mesures de prophylaxie et de soins des enfants vivant dans les territoires contaminés par les radionucléides.

Pour conclure j’ai envie de terminer mon exposé par cette prière du pédiatre :

Merci de votre attention.

Galina Bandajevskaya

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