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Première publication : 21 novembre 2002
Actualisé : 21 mars 2011

L’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl


Que s’est-il réellement passé à la centrale nucléaire de Tchernobyl ? Une présentation simple et objective des faits qui se sont déroulés à Tchernobyl, le 26 avril 1986…

Une vie suffirait-elle pour prendre connaissance de tout ce qui a été écrit ou dit à propos de l’explosion survenue en 1986 à la centrale nucléaire de Tchernobyl ? Les milliers de publications, de reportages radiophoniques ou télévisuels et de sites Internet consacrés à cet événement constituent une masse colossale de données, en perpétuel accroissement. Dans cet océan d’informations s’entremêlent récits journalistiques, avis d’experts autorisés ou obscures conjectures, opinions « de café du commerce », discours naïvement rassurants ou exagérément alarmistes, justes revendications, polémiques en tout genre et témoignages bouleversants.

Comment se faire une idée de ce qui s’est réellement passé à Tchernobyl ? Comment tenter de comprendre ce que cet événement a changé dans le quotidien de toute une population ? Comment expliquer ses conséquences passées et à venir ? C’est en s’informant sur ces questions qu’en connaissance de cause, nous pourrons mieux encore aider nos amis biélorusses, et particulièrement leurs enfants. L’objectif de cette première notice est bien modeste [1]. Elle ambitionne simplement de présenter de la manière la plus simple et la plus objective possible les faits, tels qu’ils se sont passés - ou du moins de la manière dont ils sont le plus fréquemment rapportés - à Tchernobyl, le 26 avril 1986. Aucune explication technique pointue n’est à attendre ici. Il s’agit d’un récit de vulgarisation, destiné à quiconque est désireux de se documenter sur cet événement.

La centrale nucléaire de Tchernobyl :

Tchernobyl est une petite localité d’une dizaine de milliers d’habitants, située à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, capitale de l’Ukraine, et à quelques kilomètres de la Biélorussie. En 1986, ces deux républiques font encore partie de l’Union soviétique.

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Illustration 1. Tchernobyl… une petite ville au nord de l’Ukraine

La centrale nucléaire est implantée à une quinzaine de kilomètres de Tchernobyl. A l’époque, il s’agit d’un complexe de plusieurs hectares abritant six réacteurs atomiques. La construction des réacteurs 1 et 2 débute en 1971 ; le premier est mis en service en 1977, le second, l’année suivante. Les réacteurs 3 et 4 sont mis en chantier en 1975 ; leur exploitation commence respectivement en 1981 et 1983. Les réacteurs 5 et 6 sont en construction.

Dans la production énergétique globale de l’Union soviétique, la part du nucléaire est relativement peu importante (10% environ en 1985). Des quarante-six réacteurs atomiques alors en fonctionnement dans le pays, les quatre réacteurs opérationnels à Tchernobyl sont d’un modèle dont il n’existe qu’une quinzaine d’exemplaires [2].

Que s’est-il passé ?

Le vendredi 25 et le samedi 26 avril 1986, juste avant la fermeture du réacteur 4 pour un entretien de routine, les ingénieurs programment un test spécial de sécurité. Celui-ci prévoit la réduction volontaire de la puissance du réacteur. Les opérations commencent le 25 avril, à une heure du matin. Une douzaine d’heures plus tard, soit en début d’après-midi, la réduction de puissance du réacteur est stabilisée à 50% de sa valeur ordinaire. Entre-temps, les services de distribution d’énergie réclament de l’électricité pour répondre aux besoins domestiques et industriels (notamment ceux de la ville de Kiev). Jusqu’en fin de soirée, le réacteur est donc laissé en fonctionnement à la moitié de sa puissance. Or, cela a pour effet de perturber considérablement la marche du réacteur, et de le prédisposer à de sérieux problèmes techniques [3].

A 23 h 10’, les besoins en électricité ayant diminué, le test reprend. La puissance du réacteur est abaissée à 20% de sa puissance normale d’utilisation. A 0 h 28’, les ingénieurs omettent de maintenir la puissance au niveau requis. Du fait de l’état du réacteur, celle-ci chute brusquement à 1% à peine de la puissance normale. A 1 h, grâce à diverses interventions techniques, ils arrivent à faire remonter la puissance à 7%. Afin de préserver le réacteur d’un échauffement excessif, toutes les pompes disponibles sont mises en service pour faire circuler le plus grand volume possible d’eau de refroidissement. Le débit d’eau est si intense que certaines pompes risquent de s’endommager. Pendant une vingtaine de minutes, les opérateurs responsables du réacteur réalisent toute une série d’interventions afin de rétablir son bon fonctionnement. A 1 h 22’ 45’’, tout semble stabilisé, et rien ne s’oppose plus à la réalisation du test prévu.

A 1 h 23’ 04’’, un des opérateurs met hors service le système d’arrêt d’urgence du réacteur, car il souhaite éviter l’arrêt de celui-ci la veille d’un week-end. C’est une erreur très grave, fatale selon certains experts. Le test reprend, mais dégénère rapidement ; le réacteur commence à s’emballer. A 1 h 23’ 40’’ les ingénieurs enclenchent en catastrophe un système de sécurité d’urgence. Malheureusement, ce système est mal étudié, et il réagit beaucoup trop lentement (tel qu’il était conçu, il ne devenait efficace qu’au bout de six secondes, il aurait dû faire sentir ses effets en moins de deux secondes…). A 1 h 23’ 43’’, les signaux d’alarme retentissent ; le réacteur s’emballe complètement. Une colossale explosion se produit, tuant les opérateurs à proximité immédiate du réacteur.

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Illustration 2. Vue de la centrale quelques jours après l’explosion

Aussitôt après l’explosion, un incendie très violent envahit le bâtiment abritant le réacteur. Or, ce dernier est entouré d’une sorte d’enveloppe en graphite (une variété de carbone, dont on fait les mines de crayons). Ordinairement, sa présence est nécessaire pour protéger l’environnement extérieur contre la propagation des rayonnements radioactifs. Cependant, porté à l’air libre à haute température, il s’enflamme et devient un combustible très efficace. L’incendie vaporise les éléments radioactifs présents dans le réacteur, leur dispersion dans l’atmosphère s’en trouve facilitée.

Les suites…

Quelques minutes après l’explosion, les pompiers de la centrale interviennent. Ils seront très vite rejoints par ceux de Pripiat, une ville à quelques kilomètres de Tchernobyl, et par plusieurs brigades de Kiev. L’incendie aurait été maîtrisé dans la matinée du dimanche 27 avril.

Plus d’une trentaine de personnes sont mortes des effets directs de l’explosion. Plus de cent et trente personnes ont subi une irradiation grave. Près de trente sont décédées dans les trois mois suivant l’accident.

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Illustration 3. Vue de la centrale après les premiers travaux de sécurisation

Les causes de la gravité de l’accident

La gravité de l’accident de Tchernobyl est imputable à plusieurs facteurs d’ordre technique et humain :

- le modèle du réacteur de Tchernobyl est instable en dessous de 25% de sa puissance normale d’utilisation. A ce niveau, il a naturellement tendance à s’emballer et à devenir difficilement contrôlable,

- l’un des systèmes de sécurité d’urgence enclenché in extremis par les ingénieurs était mal étudié, car beaucoup trop lent à produire des résultats,

- l’enveloppe de graphite entourant le réacteur a favorisé le développement et la propagation d’un incendie très violent, ce qui a facilité la dispersion dans l’atmosphère d’éléments hautement radioactifs,

- le réacteur n’était pas installé dans une cuve spéciale (dite « enceinte de confinement »), destinée à empêcher toute fuite de matière radioactive. Une telle cuve aurait ralenti la fuite de radioactivité dans l’environnement,

- une demi-douzaine d’erreurs humaines ont été identifiées par les spécialistes. Sans doute le personnel en charge de la gestion du réacteur était-il insuffisamment informé du caractère aventureux de certaines de ses interventions,

- après l’examen par des experts internationaux, il s’est avéré que le test prévu ces 25 et 26 avril comportait plusieurs dérogations graves aux règles permanentes de sécurité.

Sources documentaires :

Comme cela a été signalé, les ressources documentaires consacrées à l’accident de Tchernobyl sont très nombreuses et n’ont pas toutes la même valeur ni la même rigueur. Voici une sélection de publications (certaines de vulgarisation, d’autres hautement spécialisées), ainsi que quelques liens vers des sites particulièrement documentés.

- BADER Jean-Michel, DENIS-LEMPEREUR Jacqueline, DOROZYNSKI Alexandre et alii (1986), « Tchernobyl : les réponses aux 11 questions que tout le monde se pose », Science & Vie, 825(6) : 18-42 et 164.

- BELBEOCH Bella, BELBEOCH Roger (1993), Tchernobyl, une catastrophe, Paris, édit. Allia.

- MATHIEU Philippe (1986a), « Les caractéristiques physiques et techniques de la filière soviétique des réacteurs du type RMBK », Causes et conséquences de l’accident nucléaire majeur (envisagées aux plans technique et médical), actes du colloque de l’Université de Liège des 26 et 27 septembre 1986, Liège : 4-31.

- MATHIEU Philippe (1986b), « Scénario de l’accident de Tchernobyl », Causes et conséquences de l’accident nucléaire majeur (envisagées aux plans technique et médical), actes du colloque de l’Université de Liège des 26 et 27 septembre 1986, Liège : 51-58.

- http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/EH/F/manif/Tchernobyl.html

Remerciements :

L’illustration n°2 est reproduite avec l’autorisation de M. Joël Sorin. Nous le remercions spécialement pour son accord.

L’illustration n°3 est reproduite avec la permission de M. Gérard Verna. Nous le remercions également pour son accord. Nous vous conseillons aussi une visite sur son site, consacré notamment à l’accident de Tchernobyl.

Notes :

Notes :

[1] Une deuxième notice de vulgarisation sur les conséquences sanitaires et écologiques de l’accident est en cours de rédaction. Elle sera suivie d’une troisième notice qui se donnera pour objectif d’expliquer le plus simplement possible divers termes scientifiques spécialisés dont on entend souvent parler à propos de la radioactivité (« curie », « becquerel », « rad », « rem », etc.).

[2] Le lecteur intéressé par tous les détails techniques au sujet des infrastructures et des réacteurs en service à Tchernobyl peut se référer à MATHIEU Ph. (1986a) : 5-9 et 17-28.

[3] Il en résulte un effet connu des physiciens sous le nom d’« empoisonnement Xénon » ; cf. MATHIEU Ph. (1986b) : 52.

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Philippe Tomsin

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