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10 février 2015

Un jeune biélorusse du nom d’Illia


Membres de l’association, nous avons accueilli pendant plusieurs années un jeune biélorusse du nom d’Illia. Durant les récentes vacances de Pâques, pour mieux comprendre les conditions de vie des enfants biélorusses et visiter la famille d’Illia, nous sommes partis, ma fille Juliette et moi, à leur rencontre.

5 avril 2014 – Herve – 5H00

Par un petit matin blême, nous embarquons avec une quarantaine de passagers dans un car biélorusse. C’est parti pour un trajet qui va durer 34 heures et 2000 kilomètres. Direction : Krasnopolje, Biélorussie. Une petite ville oubliée qui, en 1986, subissait de plein fouet les premières retombées radioactives dues à l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, situé 200 km plus au sud, à la frontière ukrainienne.

Quelque part après Dortmund – 8H20

Premier arrêt. Ils sont prévus toutes les 3 heures. Les allemands réclament 70 centimes pour vous soulager. Ok : les autoroutes sont gratuites mais ce sont nos vessies qui les financent. J’avais oublié depuis ma dernière excursion en école primaire l’inconfort absolu d’un autocar.

En Pologne – 16H

Le car effectue une pause pour nous permettre de casser la croute dans un des nombreux restoroutes qui jalonnent la route de Poznan. J’échange 40 € contre 165 zlotis. Juliette et moi dévorons à belles dents une généreuse assiette de « kotlet schabowy » et dégustons un grand verre de « Zywiec » pour la modique somme de 51 zlotis.

6 avril 2014 – 10km avant la frontière biélorusse – 01H00

Une file interminable de camions jalonne le bas-côté de la route qui mène au poste frontière. Il paraît que certains routiers mettent une semaine pour traverser … Je frémis.

Frontière polono-biélorusse – 01H30

S’il existe un endroit où la notion de « dédouanement » conserve encore un sens, c’est certainement à la frontière biélorusse. Ce pays, un des derniers pays totalitaires, ne badine pas avec l’entrée sur son territoire. Passeport contrôlé à deux reprises, visite du douanier dans le car, du genre à vous sentir suspect sans raison, inspection des coffres, … Rien ni personne n’échappe au contrôle.

A côté de nous une voiture et sa remorque sont complétement désossées, leur contenu étalé sur le tarmac devant nos yeux ébahis. La remise en ordre du véhicule ne sera pas une mince affaire.

Après 2 heures, nous franchissons enfin le poste frontière. D’après ceux qui y sont déjà passés, on a eu beaucoup de chance.

Brest – 3H30

Première ville biélorusse. De grandes artères, des souvenirs nombreux de la deuxième guerre mondiale. Pas d’embrun breton à l’horizon, La Biélorussie n’ayant pas d’accès à la mer.

L’autoroute qui mène à la capitale, Minsk, est de bonne qualité. Une petite inquiétude quand même : rien ne sépare les deux sens de circulation, si ce n’est une étroite bande de terre durcie, où les traces de roues indiquant un demi-tour impromptu ne sont pas rares. On découvre aussi, chose étrange, des passages pour piétons, pour les plus téméraires. L’un ou l’autre tracteur circule sur la bande d’arrêt d’urgence.

La Pologne me semblait plate, la Biélorussie, c’est pire… Altitude maximum d’un pays grand 7 fois comme la Belgique : 350 m. Paysage uniforme, sous-sol pauvre en ressources. Je comprends la propension à l’alcoolisme des biélorusses.

Moguilev – 12H30

Après plus de 30 heures de car et 10 arrêts pipi, nous sommes heureux de quitter notre tortionnaire, le dos et le sacrum endoloris.

Illia est là pour nous accueillir. Nous sommes heureux de le retrouver. Il est maintenant aussi grand que moi. Un ami de sa famille embarque nos valises dans une Renauld Laguna qui a déjà quelques années de bons et loyaux services derrière elle. Las, le moteur refuse de démarrer.

Nous sommes bons pour descendre déjà de notre véhicule pour le pousser… Heureusement, après quelques toussotements, il finit par démarrer.

Il nous reste une centaine de kilomètres à accomplir vers Krasnopolje, notre destination finale, sur une route dans un état correct mais dont les dos d’âne n’ont aucune pitié pour la suspension oubliée de notre bonne Laguna.

Krasnopolje – 14H30

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Fin de notre périple. La voiture s’engage sur une route à moitié asphaltée où des maisons en bois s’élèvent de chaque côté, nous sommes sur le point de rencontrer la famille d’Illia.

Après deux cents mètres, nous descendons de voiture. Une petite barrière en bois marque l’entrée du domicile de nos hôtes. A l’extérieur, Micha, le papa, nous accueille, tout sourire, suivi de Olga, la maman. A l’intérieur, nous faisons la connaissance de Pacha, 7 ans et de deux adorables jumelles âgées de deux ans : Macha et Ania.

C’est une maison très simple mais dont le papa a amélioré le confort aux cours des années. Dernière modernité en date : un wc dans l’arrière-cuisine, qui a été installé en grande partie en raison de notre venue. Le wc antérieur se trouve encore au fond du jardin.

Nos hôtes nous invitent alors au « Banja », un sauna individuel que de nombreuses familles, même pauvres, installent à côté de leur maison. L’hygiène est très importante pour ce peuple fier.

Des senteurs variées parfument le Banja. Une délicieuse torpeur m’envahit après l’avoir quitté.

Dans la foulée, un repas gargantuesque nous est servi : la table est couverte de mets divers, dont la plupart ne nous sont pas étrangers : purée, poulet, légumes, … mais aussi d’autres totalement inconnus, comme des espèces de crêpes à la crème, délicieuses.

Une bière blonde tout à fait potable et un mousseux sucré local arrose le repas.

Repus, nous effectuons une visite de la petite ville.

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Krasnopolje se situe à 10 km de la frontière russe, dans une zone où de nombreux villages ont été rasés après la catastrophe de Tchernobyl. Les retombées radioactives se sont fait sentir aux alentours mais certainement aussi dans la ville, qui a été réduite de ¾ de ses habitants après l’explosion. Néanmoins, les autorités ont décrété que l’exposition aux radiations y était tolérable et que donc on pouvait continuer à y habiter.

Krasnopolje – Lundi 7 avril

Après un copieux petit-déjeuner, nos hôtes nous emmènent dans une sorte de pèlerinage. Il faut noter que les biélorusses sont retournés en masse vers la religion orthodoxe, après les années de communisme.

De part et d’autre des routes parfois chaotiques, on découvre des croix indiquant l’emplacement d’anciens villages. Seuls quelques tumulus témoignent encore de la présence de maisons et d’habitations dans ces endroits rendus à la nature.

La raison en est simple : après la catastrophe, des bulldozers ont enfoui sous des tonnes de terre les cités contaminées.

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Le cimetière actuel reste l’endroit le plus impressionnant. Nous arrivons à une période importante dans la religion orthodoxe. Les nécropoles, qui se trouvent toujours à l’orée de la forêt, sont décorées de fleurs artificielles. La plupart des tombes sont entourées d’une petite barrière délimitant un terrain à l’intérieur duquel on trouve aussi une table et des bancs. Deux fois par an, la famille vient manger et passer la journée dans le cimetière, qui est alors rempli de vivants, sur la tombe de son ou ses aïeuls.

Ce qui frappe le plus, ce ne sont ni les fleurs ni les tables, mais l’âge des défunts, souvent beaucoup trop jeunes. Tchernobyl est un tueur lent… Après la catastrophe et ses victimes directes, la contamination a infiltré les terres des environs pour des dizaines, voire des centaines d’années. Dès lors, le cancer et toutes sortes de maladies font partie de la vie quotidienne de nombreuses personnes.

Le nuage radioactif s’est répandu sur la Biélorussie en « tâches de léopard ».

C’est ainsi que certaines zones ont été décrétées inhabitables, et d’autres, bizarrement, à quelques kilomètres de là, habitables. On a pourtant du mal à croire que le nuage a effectué quelques détours pour épargner l’une ou l’autre région.

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Certains villages qui auraient dû être complétement évacués comptent régulièrement encore quelques habitants, souvent âgés, qui ont refusé de quitter leur maison. Nous visitons l’un d’eux, où un homme vit seul avec son fils.

Le soir, nous passons une soirée très agréable chez Sacha, le parrain d’Illia. Autour de la bière et de l’inévitable Vodka, les langues se délient, et l’hospitalité biélorusse prend tout son sens. Nous rentrons à pied avec Illia et Micha, son père, un peu éméché, qui se lie soudain d’une amitié exubérante avec moi. Sa gaieté fait plaisir à voir, dans un pays où le labeur est rude et les moments de joie peu nombreux.

Krasnopolje – Mardi 8 avril

Aujourd’hui, le temps est gris et nous fait penser au temps belge, avec ses bourrasques de vent et ses averses fréquentes.

Avec nos hôtes nous allons récolter le jus de bouleau, l’arbre national de la Biélorussie, qui pousse partout et dont le nectar est fort apprécié par ses habitants.

Nous visitons aussi quelques monuments relatifs à la seconde guerre mondiale, dans une région où les combats ont fait rage et des milliers de victimes.

On visite également un monument qui reprend tous les noms des villages qui ont été rasés et ensevelis dans la région après Tchernobyl. La liste est longue.

Le soir, c’est déjà le dernier grand repas en famille. Nous avons la chance d’accueillir Elena, qui parle un français presque parfait et qui adore notre langue.

Olga, la maman, a préparé quelques impressions sur papier, car elle veut absolument nous transmettre toute sa gratitude pour avoir accueilli Illia pendant plusieurs années en Belgique et pour les colis que nous envoyons encore régulièrement.

Son souhait est que nous puissions trouver une famille qui accepterait d’accueillir Pacha, le petit frère, pour vivre la même expérience.

Olga se dévoue sans compter pour sa famille et sa sensibilité est à fleur de peau lorsqu’elle évoque ses espoirs pour ses enfants. Envahie par l’émotion, elle ne peut retenir ses larmes. De notre côté, c’est la gorge nouée que nous quittons la table.

Krasnopolje – Mercredi 9 avril

Nous sommes à mi séjour. Sous un ciel triste, nous quittons la famille d’Illia dès le matin, après de multiples embrassades et dans un nouveau moment d’émotion. Nous partons plein de souvenirs, dans la tête et aussi dans nos valises, car nos hôtes n’ont pu s’empêcher de tenter de les remplir au maximum de leurs capacités. Elles contiennent notamment des bois de cerf et leur support, que Micha a tenu à nous offrir. Merci Micha !

Afin de ne pas s’avérer une charge trop lourde pour la famille, nous avons choisi de passer la moitié du séjour dans une autre famille d’accueil, que l’ASBL a trouvée pour nous à Ozertso, aux environs de Minsk. Sacha et Alessia, avec leurs enfants Roman et Anton, nous y accueillent très chaleureusement.

Si nous avons pu découvrir à Krasnopolje la vie dans les campagnes, nous rencontrons à Minsk une toute autre manière de vivre, empreinte d’occidentalité et de modernisme. Fini le « Banja » et bonjour l’appartement moderne, avec cuisine équipée, salle de bains et toilette séparée.

Au revoir l’église et les signes religieux omniprésents, bonjour une religion à l’occidentale, de moins en moins présente.

Minsk – Jeudi 10 avril

Nous effectuons une excursion avec le groupe de l’association. A midi, nous prenons un repas mémorable avec les collaborateurs biélorusses de l’association.

En Biélorussie, le repas est réussi si au moins 3 toasts sont portés. Nul doute que notre repas a été plus que parfait, au vu du nombre de toasts portés … Quelques bouteilles de vodka n’y ont pas survécu. Le dernier toast est censé être celui du cheval, qui est chargé de ramener à bon port son cavalier après le repas. Le cheval, mais aussi la selle, le harnais, … y passent, pour plus de sûreté !

Le soir, nous retrouvons nos hôtes, devant des mets plus conventionnels. La télévision est allumée en permanence et les nouvelles de l’Ukraine forment l’essentiel du programme. Vladimir Poutine est considéré en Biélorussie comme un demi-Dieu. Leur vision politique est fortement biaisée par un encrage pro-russe prononcé. Nous décidons d’éviter la politique de nos (trop maigres) conversations.

Ozertso – Vendredi 11 avril

La dernière journée complète de notre voyage est consacrée à la visite de Minsk et de ses environs. Avant de débuter notre excursion, nous échangeons quelques euros contre les roubles locaux. Pour un euro, vous recevez environ 13700 roubles biélorusses. Les pièces n’ont pas cours là-bas. Vous vous sentez très riche mais les prix sont à peine moins élevés que chez nous pour bon nombre de marchandises, alors que le salaire mensuel moyen est approximativement de 250 €.

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Dans la matinée, nous nous rendons à Kathyn, un petit village à 50 km au nord de Minsk, qui a été totalement détruit par les allemands lors de la seconde guerre mondiale. L’endroit a été aménagé en musée à ciel ouvert, qui constitue à présent le symbole des exactions nazies contre le peuple biélorusse entre 1941 et 1945. Le 22 mars 1943, en représailles aux escarmouches des partisans, 2 escadrons punitifs rassemblent tous les villageois dans une grange, pour y mettre le feu. 190 habitants périront, dont une majorité d’enfants.

Cette scène sera reproduite des dizaines de fois dans toute la Biélorussie. La violence des allemands envers les populations locales est inouïe. Le mépris de la vie humaine est total, chez les deux belligérants d’ailleurs, à cette époque.

La Biélorussie perdra plus de 2 millions de ses habitants, soit un quart de sa population, entre 1941 et 1944, dont bien entendu la quasi-totalité des juifs, déportés en masse.

Des cheminées munies de cloches indiquent l’emplacement de chaque maison du village de Kathyn qui a été brulée. Les cloches sonnent toutes les 20 secondes, indiquant par là le rythme des décès biélorusses au cours de la guerre.

Ozertso – Samedi 12 avril

Après une bonne nuit de sommeil, nous remercions chaleureusement nos hôtes pour leur accueil et remontons dans le car pour le retour en Belgique.

Les douaniers biélorusses semblent désireux de nous voir quitter rapidement leur territoire, puisque c’est à peine après une grosse heure, record de rapidité battu, que nous passons la frontière. Encore quelques heures de position inconfortable et nous retrouverons nos douces pénates.

A l’analyse, c’est l’impression d’un bond cinquante ans en arrière qui est la plus forte. L’image aussi d’un peuple fier et soucieux du souvenir, marqué qu’il est par un passé récent douloureux, qui laissera des traces indélébiles dans son sol pour des dizaines d’années encore.

Fort heureusement, des associations comme ASET prouvent que l’espoir subsiste. N’hésitez pas à lui rendre visite.

contactez-nous !.
Juliette et Eric F.

Famille d’accueil

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